GR 340 Tour de Belle Ile 90 km 1645 m de dénivelé positif
Belle-Île-en-Mer aura été une nouvelle aventure, une aventure différente de celles qui l’avaient précédée, mais fidèle à ce que nous recherchons lorsque nous partons sur les chemins : découvrir, marcher, partager et surtout vivre quelques jours autrement.
Après le plateau de l’Aubrac et l’Île de Ré, nous avions choisi de poser nos chaussures en Bretagne, sur cette île dont le nom promettait déjà beaucoup : Belle-Île-en-Mer.
Elle ne nous a pas déçus.
Nous avons découvert une île de caractère, façonnée par la mer, le vent et le temps. Une île où les falaises plongent brutalement dans l’océan, où les criques apparaissent au détour d’un sentier, où les plages changent de visage au gré des marées et où les rochers semblent parfois prendre des formes sorties de notre imagination.
Nous avons marché sous le soleil, avec le vent pour compagnon.
Nous avons connu le brouillard, lorsque les pointes rocheuses disparaissaient dans la brume et que même les mouettes semblaient avoir choisi de rester immobiles sur les rochers.
Nous avons regardé les vagues se fracasser contre les falaises, parfois avec une telle puissance qu’elles devenaient le spectacle principal de notre journée. Nous avons joué à la « chasse à la vague », cherchant le meilleur angle pour immortaliser le moment où l’écume explosait contre les rochers.
Nous avons découvert les Aiguilles de Port Coton, le Trou de Vazen, la pointe des Poulains, les falaises du Skeul, les plages de Donnant, d’Herlin, de Port Andro et des Grands Sables.
Et puis il y a eu tous ces lieux dont les noms resteront désormais associés à quelques kilomètres de marche et à quelques souvenirs bien précis : Port Fouquet, Port Quinénec, l’Apothicairerie, Goulphar, Port Kerel, la pointe du Talut, Pouldon, Kerdonis, Bordardoué, Ramonette…
Autant de noms qui, avant notre départ, n’étaient que des noms sur une carte et qui sont maintenant devenus des images.
Car une randonnée transforme une carte en souvenirs.
Un trait rouge sur un itinéraire devient une montée dont on se souvient longtemps. Une petite crique devient l’endroit où nous avons fait une pause. Une plage devient celle où nous avons trempé nos pieds. Un banc de pierre devient celui qui nous a permis de reprendre notre souffle lorsque les jambes commençaient à protester.
Et certains kilomètres prennent une importance particulière.
Pas forcément les plus beaux.
Parfois même les plus difficiles.
Ces montées qui semblaient interminables, ces descentes où il fallait chercher chaque appui, ces plaques de schiste qui demandaient de l’attention, ces escaliers aux marches trop hautes ou dégradées, ces passages où nous nous demandions pourquoi le sentier avait encore décidé de monter alors que nous pensions être arrivés au bout…
Sur
le papier,
Mais lorsqu’ils se répètent huit fois dans une journée, ils finissent par se faire sentir !
Belle-Île nous aura appris que le dénivelé ne raconte pas tout. Ce qui fatigue parfois le plus, ce sont les incessantes montées et descentes, les changements de rythme, les terrains irréguliers et cette nécessité permanente de regarder où l’on pose les pieds.
Mais c’est aussi cela, la randonnée.
Il faut accepter que le chemin ne soit pas toujours facile.
Et surtout, il faut continuer.
Une aventure à trois
Au-delà des paysages, cette randonnée restera aussi celle d’un petit groupe.
Christiane
était partie avec une certaine appréhension. Les
La réponse est maintenant connue.
Oui.
Et même si les kilomètres ont parfois pesé sur les jambes, même si les ampoules ont fait leur apparition et si certains passages ont demandé davantage d’efforts, elle a continué.
Dominique, elle, avait abordé cette aventure avec davantage d’enthousiasme. La perspective de marcher sur les sentiers côtiers, de retrouver la mer, les falaises et les paysages sauvages semblait suffire à lui donner de l’énergie.
Et moi, j’ai découvert une nouvelle fois qu’une randonnée ne se mesure pas seulement à la distance parcourue.
Elle se mesure aussi aux moments partagés.
Aux encouragements.
Aux petites plaisanteries.
Aux pauses.
Aux discussions.
Aux moments où l’on avance en silence, chacun concentré sur ses pas, avant de se retrouver quelques minutes plus tard pour commenter le paysage.
Elle se mesure également à ces petits jeux improvisés avec les autres randonneurs : ceux que l’on dépasse, qui nous dépassent à leur tour, puis que l’on retrouve quelques kilomètres plus loin avec toujours un sourire ou un petit mot sympathique.
Sur un GR, les inconnus deviennent rapidement des compagnons de chemin, le temps d’un croisement ou parfois de plusieurs kilomètres.
Les petits plaisirs comptent aussi
Il y a eu les paysages, bien sûr.
Mais il y a eu aussi les petites récompenses.
Une douche après une longue journée.
Une bière bien fraîche.
Une glace après vingt kilomètres de marche, même lorsqu’il faut encore ajouter quelques kilomètres pour aller la chercher !
Un far breton dégusté au camping.
Une crêperie le soir.
Une partie de cartes, la seule du séjour, justement parce que cette fois nous n’avions plus besoin de préserver nos forces pour l’étape du lendemain.
Et puis les pieds dans l’eau.
Ces quelques minutes où l’on plonge les pieds fatigués dans l’océan et où la fraîcheur semble effacer, au moins momentanément, les kilomètres parcourus.
Tous ces petits moments pourraient paraître insignifiants.
Ils ne le sont pas.
Ce sont souvent eux qui restent dans la mémoire.
Belle-Île, une île vivante
Nous avons également découvert une île qui ne se résume pas à ses paysages.
Son histoire est partout.
Dans les fortifications de Vauban.
Dans les batteries côtières.
Dans les corps de garde.
Dans les sémaphores.
Dans les blockhaus.
Dans les vestiges militaires qui ponctuent le littoral.
Chaque ouvrage raconte une époque où Belle-Île devait être défendue contre les attaques venues de la mer.
Mais l’histoire est aussi culturelle.
À la pointe des Poulains, nous avons marché dans les pas de Sarah Bernhardt, venue chercher ici un peu de calme, d’air marin et sans doute d’inspiration.
Et puis il y a la nature.
Les landes, les ajoncs, les bruyères, les fougères, les grandes herbes sèches, les fenouils dont le parfum anisé nous accompagnait parfois sur le chemin.
Les lapins qui traversaient les sentiers.
Les faisans que nous entendions dans la végétation.
Les petits lézards rencontrés au bord des falaises.
Les abeilles noires.
Et surtout cette végétation basse, façonnée par le vent et les embruns, qui donne à Belle-Île son visage si particulier.
Nous avons découvert une île vivante, fragile aussi, constamment travaillée par les éléments.
Le Trou de Vazen nous l’a particulièrement rappelé.
Ce que nous avons vu n’est pas immuable. Les falaises reculent, les rochers s’effondrent, les grottes évoluent et la mer poursuit inlassablement son travail.
Le paysage que nous avons admiré changera encore.
Peut-être que, dans quelques décennies, certains des rochers que nous avons photographiés auront disparu ou auront pris une autre forme.
Cela donne une valeur supplémentaire à ce que nous avons vécu.
Nous avons été, pendant quelques jours, les témoins d’un paysage en mouvement.
Au départ, les chiffres pouvaient impressionner.
Environ
Quatre jours et demi de randonnée.
Au final, les chiffres sont devenus secondaires.
Ce que nous retiendrons ne tient pas dans un tableau de statistiques.
Nous retiendrons les premières marques blanches et rouges du GR 340.
La consigne de Loïc : « Toujours la mer à votre droite. »
Le premier départ de Le Palais.
La fatigue de la première journée.
Le panneau bleu du camping à Sauzon qui nous avait procuré le même soulagement qu’une ligne d’arrivée.
La pointe des Poulains noyée de lumière.
Le brouillard de la dernière matinée.
Les vagues de Port Coton.
La mer déchaînée de la côte sauvage.
Les pauses improvisées.
Les ampoules.
Les glissades évitées de justesse.
Les bancs de pierre.
Les baignades de pieds.
Les glaces.
Les crêpes.
Les éclats de rire.
Et cette sensation, lorsque nous avons atteint la pointe de Ramonette, de voir apparaître Le Palais et de comprendre que nous venions réellement de boucler notre tour de l’île.
À cet instant, nous avons ressenti quelque chose d’assez étrange.
La satisfaction d’avoir réussi.
Mais aussi la tristesse de savoir que c’était terminé.
C’est sans doute le paradoxe de la randonnée itinérante : on marche pendant plusieurs jours en pensant à l’arrivée, et lorsque celle-ci arrive, on aimerait presque qu’elle soit encore un peu plus loin.
La boucle est bouclée
Le lendemain, depuis le bateau qui nous ramenait vers Quiberon, Belle-Île s’éloignait progressivement.
Nous la regardions disparaître derrière nous.
Quelques jours auparavant, nous étions arrivés avec nos sacs, nos interrogations et nos chaussures encore propres.
Nous repartions avec des chaussures fatiguées, des jambes qui avaient bien travaillé et surtout des souvenirs qui, eux, ne demandaient qu’à rester.
Puis il y a eu la route du retour.
Et enfin l’arrivée au pays.
La boucle était bouclée.
Le quotidien nous attendait.
Mais il y a une chose que les retours de randonnée ne parviennent jamais vraiment à effacer : cette envie de repartir.
À peine les sacs posés, les chaussures rangées et les vêtements mis à laver, les souvenirs commencent déjà à se mélanger aux projets.
Quel sera le prochain itinéraire ?
Quelle montagne ?
Quel littoral ?
Quel GR ?
Quelle nouvelle aventure partager ?
Après l’Aubrac, l’Île de Ré et Belle-Île-en-Mer, une certitude demeure : nos chaussures de randonnée n’ont décidément pas le temps de prendre la poussière.
Alors, cette fois encore, nous refermons le livre de cette aventure avec une dernière pensée.
La randonnée est terminée.
Mais l’envie de marcher, elle, ne l’est pas.
Et quelque part, devant nous, un nouveau chemin nous attend déjà.






































































