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samedi 5 juillet 2025

Sur les pas des Maîtres Sonneurs

 

Nous sommes partis pour la randonnée annuelle dans le Berry, sur le sentier des maîtres sonneurs, pour 2 jours et quelque 50 km, au pays de Georges Sand.

Après une nuit sous la tente, en ce premier jour, il est à peine 8 h du matin à Saint-Saturnin, petit village paisible du Berry, lorsque nous nous élançons sur le sentier des Maîtres Sonneurs. Déjà, la chaleur se fait sentir, lourde promesse d’un après-midi brûlant. Le sentier s’enfonce d’abord dans les collines vallonnées, entre champs de céréales dorés et haies vives bruissantes d’oiseaux. Très vite, j’aperçois quelques clochers à l’horizon, ceux de Préveranges ou de Vesdun peut-être. Les noms sonnent comme dans le roman de George Sand, Les Maîtres Sonneurs, auquel ce sentier rend hommage. Vers la fin de matinée, nous parvenons à Châteaumeillant, charmante bourgade aux maisons en pierre, célèbre pour son vin. Nous sommes accueillis par un viticulteur, qui nous fait déguster vins blanc, rouge et rosé, en quantité modérée. Après le repas, le retour, lui, sera plus éprouvant. Le thermomètre dépasse largement les 30°C. Les chemins poussiéreux reflètent la lumière, l’air vibre au-dessus des champs. Chaque montée devient une épreuve, mais les paysages, eux, restent splendides : vergers, forêts clairsemées, vaches à l’ombre des chênes. Nous retrouvons Saint-Saturnin en fin d’après-midi, le visage rougi par le soleil, les jambes un peu lourdes, mais l’âme légère. Le sentier des Maîtres Sonneurs nous a offert bien plus qu’une randonnée : une immersion dans un terroir simple et profond, riche d’histoire et de beauté.

Pour notre deuxième journée, nous quittons Saint-Priest-la-Marche en début de matinée, alors que les nuages bas s'accrochent encore aux cimes des haies et des bois. Une bruine fine caresse nos visages, donnant à la campagne berrichonne une ambiance feutrée, presque mystérieuse. Le sentier des Maîtres Sonneurs s'ouvre devant nous, ondulant doucement entre prés, chemins creux et bosquets. Les premiers kilomètres se font dans un silence paisible, rythmé par le froissement léger de la pluie sur les feuillages et le crissement de nos pas sur les graviers humides. Chaque tournant du sentier semble sortir d’un roman champêtre, et l’on comprend pourquoi George Sand s’est inspirée de ces paysages pour écrire "Les Maîtres Sonneurs". À mi-chemin, après une montée douce à travers une châtaigneraie détrempée, nous atteignons les abords de Préveranges. Les pierres grises des maisons brillent sous l’eau, et le village semble suspendu dans le temps. Après une pause, où l’on partage café chaud et tartines à l’abri des gouttes, nous atteignons Préveranges. Le retour s’effectue sous un ciel plus lumineux : quelques rayons de soleil percent enfin les nuages, une dernière côte, une descente dans un sous-bois moussu, et Saint-Priest-la-Marche réapparaît au détour du chemin, son clocher émergeant des frondaisons. Il est alors 13 h 30, quand se termine cette randonnée, pour prendre un repas bien mérité.

Après le repas, nous avons eu le privilège d’assister à un concert pour le moins inhabituel mais profondément envoûtant : quatre cornemuses résonnant à l’unisson dans la petite église romane de Saint-Priest-la-Marche. Dès les premières notes, l’ambiance s’est imprégnée d’une intensité rare, comme si les pierres elles-mêmes vibraient au souffle puissant de ces instruments ancestraux. Les musiciens ont su nous transporter dans un univers à la fois mystique et festif. La cornemuse, souvent associée aux plaines d’Écosse ou aux terres celtiques, prenait ici un accent berrichon inattendu mais saisissant. Les morceaux joués, tantôt lents et solennels, tantôt rythmés et entraînants, faisaient écho aux traditions locales et aux danses d’antan.

Nous avons vécu un moment suspendu, entre passé et présent, enraciné dans la terre du Berry.





























mardi 3 juin 2025

Le Chemin de Stevenson

 

 C’est une nouvelle aventure qui commence ; Évelyne et 3 de ses copines, Annie, Évelyne et Mireille, souhaitent profiter des bienfaits de la randonnée itinérante.   Mais la crainte de partir seules les bloque ; il est vrai qu’il n’est pas simple d’organiser sa randonnée, entre hébergements, calibrage des étapes en fonction des dénivelés et des structures d’accueil. Puis oser partir sur les chemins, à l’aventure : lorsque l’on débute, il y a toujours la crainte de s’égarer, même s’il y a maintenant de bons balisages et des outils mis à disposition. Elles ont choisi le GR 70, chemin de Stevenson, et m’ont sollicité pour les accompagner et organiser le séjour. Même si j’ai déjà effectué par deux fois ce GR, j’accepte de les accompagner et de prendre l’organisation en charge. Le projet se composera de 7 étapes qui ne dépasseront pas 25 km, avec un départ depuis Le Puy-en-Velay. Nous aurons alors parcouru environ la moitié du chemin.

Après ces 8 jours de marche, nous rêvons, encore imprégnés par la beauté des paysages traversés. Nous avons parcouru 170 km, et escaladé 4100 m de dénivelé positif. Chaque jour a été une découverte, une nouvelle lumière, un silence apaisant, un contact brut avec la nature. Bien sûr, la fatigue s’est fait sentir : les jambes lourdes, les pieds endoloris, mais elle est largement compensée par la fierté d’avoir tenu, pas après pas. Ce périple doit aussi être une rencontre avec soi-même. Loin du bruit quotidien, nous avons trouvé un espace intérieur plus calme, plus clair. Nous avons appris à écouter nos corps, à nous adapter au rythme du terrain, à ne pas forcer. La montagne enseigne l’humilité. Une fois rentré, une chose est sûre : cette aventure doit donner envie de repartir. Il y a quelque chose d’addictif dans cette simplicité et cette liberté.

Que dire du chemin de Stevenson ?

Nous avons parcouru une partie du chemin de Stevenson (GR70), un sentier de grande randonnée mythique qui traverse les Cévennes, en suivant les traces de l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson. Le parcours s’étend sur environ 268 km, entre Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) et Alès (Gard), à travers des paysages variés et chargés d’histoire. Nous en avons parcouru un peu plus de la moitié.

Durant cette randonnée, nous avons traversé les plateaux volcaniques du Velay, les terres granitiques du Gévaudan, les vallées encaissées du Mont Lozère et les reliefs cévenols. Chaque étape offrait une ambiance différente : forêts de pins, landes, rivières, hameaux isolés et panoramas grandioses. Le chemin est bien balisé et ponctué de petits villages accueillants, où il est possible de se ravitailler et de dormir.

En ce mois de juin, la nature s’éveille en un éclat tranquille sur les sentiers de Robert Louis Stevenson. Chaque pas sur ce chemin devient une rencontre avec une flore foisonnante, sauvage et gracieuse.

Les talus bordent le sentier de genêts dorés, dont les grappes lumineuses dansent sous la brise légère. Leurs effluves suaves embaument l'air et rappellent les jours de soleil sans fin. Les orchidées sauvages se dévoilent discrètement, bijoux végétaux nichés dans les herbes hautes. Elles partagent leur royaume avec les centaurées, campanules et digitales pourpres, qui dressent fièrement leurs hampes florales vers le ciel.

L'odeur des thyms sauvages, surtout quand la chaleur monte en milieu de journée.

Dans les bois, les fougères déroulent leurs crosses comme des arabesques végétales, et les églantiers laissent éclore leurs délicates fleurs roses, prémices des fruits à venir.

Marcher en juin sur le chemin de Stevenson, c’est s’immerger dans un poème vivant, où chaque fleur murmure un vers au voyageur attentif. C’est une symphonie de couleurs et de parfums, une invitation à la contemplation et à l’émerveillement naturel.

Au-delà de la beauté des paysages, c’est une randonnée introspective, marquée par la solitude, la lenteur et le lien avec la nature, dans l’esprit du voyage de Stevenson et de son ânesse Modestine.